….ou l’art de façonner les champions.

 

4h45 du matin, Michel Jaumon, 1er garçon de l’écurie Trapenard et Maud Toublanc, responsable de la cour annexe, arrivent aux écuries. Le tour des chevaux est effectué avec attention et soin. Ils entrent dans chaque box et observent, touchent, palpent, caressent…. Ont-ils bien dormi ? Sont-ils en forme ? N’ont-ils pas de température ? Comment tiennent leurs jambes, leurs tendons, leur boulets ? Ont-ils un bon oeil ? Ont-ils bu correctement ? Ont-ils faim ? Se sont-ils remis de leur travail de la veille, de leur course ? Autant de questions à résoudre chaque matin, alors que le soleil n’a pas encore pointé un seul de ses rayons.

5h30. Le téléphone sonne à la maison. Maud et Michel font le rapport de leur tournée à Thomas. Les gars arrivent à leur tour, et démarrent leur journée par les boxs. Crottins, paille, foin, eau, granulés… Les bruits de l’écurie au petit matin sont sans pareils; bruits de brouettes, de fourches, de balais, d’eau qui coule, de seaux nettoyés dont l’anse en fer tape sur le récipient, bruits des bottes de pailles qui tombent du grenier et de leurs ficelles qui lâchent lorsqu’on les cisaille, bruits du hennissement léger des chevaux pressés de sortir ou qui ont faim !, bruits des sabots qui grattent ou qui tournent avec impatience. Une atmosphère indescriptible  à la fois poétique et répétitive, animée par la passion qui rythme jour après jour la vie des écuries de course.

7h00. Chacun consulte la liste des chevaux qui leur sont attribués, prend son matériel dans la sellerie, et va seller sa monture du 1er lot. Le jour se lève à peine. Dans la forêt sur les pistes de Maisons-Laffitte, la première grosse 20taine de purs-sang et leurs cavaliers (ères) d’entrainement rejoignent le rond Poniatowski où Thomas et parfois Violaine les attendent. Une quinzaine de lads et jockeys, parfois gentleman- riders ou cavalières tournent autour du rond, au pas, puis au trot. Thomas vérifie les allures, la souplesse, les raideurs éventuelles. Il sait reconnaître chaque cheval rien qu’en regardant ses jambes… puis par petit groupe de 3 – 4, ils partent pour un échauffement au galop de chasse sur  1 200m environ. Au retour du premier « footing », les choses se précisent et l’entraîneur définit le travail de chaque cheval : galop de chasse, petit canter, canter sur la main, « bout vite » bottes-bottes, séances de sauts… Il décide où les chevaux vont travailler, sur quelles pistes, sur quel sols, pistes noires, pistes jaunes, manège vert, manège blanc, Rond-Adam, Epine, rond Poniatowski, rond Boileau, rond Sainte Hélène… autant d’installations qui permettent aux entraîneurs de Maisons-Laffitte de parfaire la condition et le dressage de leurs effectifs et d’en tirer la quintessence.

Chaque matin est à la fois répétitif tout en étant un renouvellement perpétuel. Les poulains grandissent, prennent de la force, de la maturité, ils progressent de jour en jour. Il faut les surveiller, choisir leur programme d’entrainement qui décidera de leur carrière de course. Il faut interpréter chaque détail chez ces sportifs de haut niveau qui ne parlent pas, comprendre leur aptitude, leur points forts, leurs points faibles, savoir quand ils sont prêts à courir, à affronter les « combats », leur donner toutes les possibilités de victoires futures.

La quinzaine de chevaux a finit son travail, le retour à l’écurie se passe au pas, au calme, traversant la forêt et les allées cavalières du parc de Maisons-Laffitte. Les chevaux marchent et reprennent souffle, leurs naseaux et leur encolure fumant de transpiration, les lads échangent leurs impressions, rêvent parfois, le plus souvent possible, sur telle ou telle prestation de leur partenaire, reparlent aux jockeys de telle ou telle course récente…

A l’écurie, les chiens, le setter anglais, Volcan et le basset Hound, Sam, attendent leur retour, assis devant le portail. Ils connaissent les horaires. Le 1er lot est ainsi rentré. Les chevaux sont soignés, brossés, couverts. Ils attendent leur ration d’avoine et de complément avec faim et gourmandise, c’est aussi la récompense. Les lads rassemblent leurs affaires et vont rejoindre le box de leur prochaine monte. Et le scenario recommence ainsi. Tous les matins, ils montent entre 4 et 5 chevaux.

Les courses sont un aboutissement sous le feu des projecteurs, mais elles se gagnent essentiellement le matin, grâce au travail et au soin prodigués par le staff d’écurie au complet, chacun ayant un rôle déterminant pour la suite, le moindre petit détail a son importance….  

 

Alors MERCI à Michel, Maud, Christophe, Jean-Marc et Jean Marc, Alain, Sylvain, Carlos, Maximilien, Matthieu, Julien, Ludovic, Caroline, Bastien, puis Marion, Léo, Alicia, Frédérique… mais aussi vétérinaires, ostéopathes, maréchaux-ferrant…et Thomas.

Merci aux propriétaires également qui nous permettent tous les matins de continuer à rêver et à les faire rêver…